C’était une fin de soirée d’été à Montréal. La ville, avec ses rues pavées et ses lumières scintillantes, dégageait une atmosphère à la fois réconfortante et

Mystérieuse. La brise fraîche du fleuve Saint-Laurent caressait doucement les cheveux de Sophie tandis qu’elle marchait sans but précis. Elle était perdue, non seulement dans la ville, mais dans ses pensées, submergée par une série de décisions et de doutes qui pesaient lourdement sur ses épaules.

Sophie n’était pas étrangère à Montréal. Elle y avait grandi, connaissait chaque quartier, chaque coin de rue. Pourtant, cette nuit-là, tout lui paraissait étranger. Elle s’était toujours sentie chez elle ici, mais après plusieurs années passées à l’étranger, quelque chose avait changé. Montréal semblait avoir évolué sans elle, et elle se sentait déconnectée de cette ville qu’elle avait tant aimée. Chaque rue qu’elle traversait éveillait des souvenirs, mais ceux-ci lui semblaient lointains, presque irréels.

Elle se trouvait dans le Vieux-Port, un des quartiers les plus emblématiques de Montréal, où l’histoire de la ville se mêle à la modernité. Les bâtiments en pierre grise, témoins d’un autre siècle, se dressaient majestueusement autour d’elle. Des touristes prenaient des photos, des couples se promenaient main dans la main, et des artistes de rue jouaient de la musique, tentant de capturer l’attention des passants. Mais pour Sophie, tout cela semblait flou. Elle se sentait détachée de cette scène, comme si elle était spectatrice de sa propre vie.

Alors qu’elle marchait, ses pas la guidèrent vers la rue Saint-Paul. C’était une rue qu’elle avait empruntée des centaines de fois dans sa jeunesse. Elle s’arrêta un moment, observant la façade d’un café où elle avait l’habitude de s’asseoir avec ses amis après les cours. Ce café, autrefois un lieu de rires et de conversations animées, avait été transformé en une boutique de vêtements de luxe. Elle ressentit une vague de nostalgie, mêlée à une légère tristesse. Le temps passait, et avec lui, les choses changeaient, souvent sans qu’on s’en rende compte.

Sophie se souvint alors pourquoi elle était revenue à Montréal. C’était une décision impulsive, motivée par un besoin urgent de retrouver ses racines, de se reconnecter avec son passé. Elle espérait que revenir ici l’aiderait à remettre de l’ordre dans sa vie, à retrouver un semblant de stabilité. Mais au lieu de cela, elle se sentait plus perdue que jamais. Ses amis avaient pris des chemins différents, ses repères avaient disparu, et elle se retrouvait seule dans une ville qui ne lui semblait plus aussi familière qu’avant.

Elle continua de marcher, ses pensées tourbillonnant dans son esprit. Le ciel s’était assombri, et les rues, autrefois animées, étaient désormais silencieuses. Montréal, la nuit, avait une atmosphère particulière. La ville, habituellement si vivante, semblait soudainement endormie, presque mélancolique. Sophie se retrouva devant la basilique Notre-Dame, un autre lieu chargé de souvenirs. Elle se souvenait des fois où elle s’arrêtait ici pour admirer l’architecture gothique, pour trouver un moment de paix dans le tumulte de la vie quotidienne.

Mais cette fois-ci, elle n’éprouva aucun réconfort. Au contraire, elle se sentait submergée par une vague d’incertitude. Elle s’assit sur un banc à proximité, observant les ombres que les lumières des réverbères projetaient sur les bâtiments. Elle sortit son téléphone, hésita un instant, puis le remit dans sa poche. Elle n’avait personne à appeler. Pas ce soir. C’était une nuit pour réfléchir, pour être seule avec elle-même, pour tenter de comprendre pourquoi elle se sentait si déphasée.

Le silence autour d’elle était presque assourdissant. Elle pensa à sa vie avant son départ, aux rêves qu’elle avait eus, aux ambitions qui l’avaient poussée à quitter Montréal. À l’époque, elle croyait que l’herbe serait plus verte ailleurs, que les opportunités l’attendaient au-delà de cette ville qu’elle considérait comme trop petite pour ses aspirations. Elle était partie avec la conviction que le monde lui appartenait, que rien ne pourrait l’arrêter. Mais la réalité s’était avérée bien différente. Les années à l’étranger avaient été marquées par des défis qu’elle n’avait pas anticipés, et bien que ses expériences aient été enrichissantes, elles l’avaient aussi épuisée.

Le retour à Montréal avait été une tentative de se retrouver, de renouer avec une version d’elle-même qu’elle pensait avoir perdue. Mais plus elle errait dans les rues de la ville, plus elle réalisait que cette version de Sophie n’existait plus. Elle avait changé, tout comme Montréal avait changé. Et bien qu’elle ait espéré que revenir ici l’aiderait à se sentir à nouveau complète, elle comprenait maintenant que ce n’était pas aussi simple.

Après ce qui lui sembla être des heures, Sophie se leva et se mit à marcher à nouveau. Ses pas la menèrent cette fois vers le Mont-Royal, le poumon vert de la ville. L’endroit où, autrefois, elle venait courir pour se vider l’esprit. Elle gravissait lentement les sentiers, les sons de la ville s’éloignant derrière elle. En atteignant le sommet, elle s’arrêta pour admirer la vue panoramique sur Montréal. Les lumières de la ville scintillaient en contrebas, créant un spectacle hypnotique.

C’était une ville magnifique, une ville pleine de vie et d’histoire. Sophie prit une profonde inspiration, laissant la fraîcheur de la nuit envahir ses poumons. Peut-être qu’elle n’avait pas besoin de retrouver la version d’elle-même qu’elle avait laissée derrière. Peut-être qu’elle devait simplement accepter qu’elle avait changé, tout comme Montréal, et qu’il était temps de créer de nouveaux souvenirs, de nouveaux repères.

Perdue dans Montréal, Sophie réalisa que ce sentiment de perte n’était peut-être pas une mauvaise chose. Parfois, il faut se perdre pour mieux se retrouver. Et cette ville, avec ses rues familières mais changeantes, pourrait bien être l’endroit où elle trouverait enfin sa voie.

(c) Sylvain Mercier

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