Premiers frissons de l’automne. C’est la période de l’année où le Mont-Royal se pare de couleurs éclatantes, un véritable spectacle visuel qui attire autant les Montréalais que les touristes. Je me souviens d’une promenade en ville un matin d’octobre qui, sans le vouloir, s’est transformée en un enchaînement de petits événements anodins mais marquants.
Il était environ 7h du matin, une heure où les rues du centre-ville commencent à se réveiller doucement. Les passants se pressaient autour de la station Guy-Concordia, certains marchant rapidement pour attraper un bus ou un métro, d’autres plus détendus, savourant un café à emporter, probablement de chez Tim Hortons ou d’un café branché comme le Café Myriade.
Je décidais de m’arrêter sur la rue Sainte-Catherine, là où l’animation ne faiblit jamais, même en début de matinée. Les commerces commençaient à lever leurs rideaux de fer, et les livraisons se faisaient déjà dans les petites rues adjacentes. Une brise fraîche m’enveloppa et je me mis à réfléchir à cette fameuse dualité montréalaise : une ville toujours en mouvement, mais paradoxalement capable de moments de tranquillité presque poétiques.
Alors que je longeais la rue, je fis un détour par l’avenue du Parc, avec l’intention de monter vers le Mont-Royal. En traversant le quartier Mile-End, réputé pour ses artistes et ses boutiques bohèmes, je passai devant un groupe de musiciens de rue. L’un d’eux, un saxophoniste au regard serein, soufflait une mélodie douce et mélancolique qui s’accordait parfaitement avec l’ambiance automnale. Le genre de scène qui semble tout droit sorti d’un film indépendant.
À mesure que je progressais dans la ville, je remarquai un nombre croissant de cyclistes. En octobre, les Montréalais semblent profiter des derniers moments de l’année où il est encore agréable de se déplacer à vélo avant que les premières neiges ne viennent compliquer les trajets. C’est à ce moment-là que je tombai sur une scène pour le moins inusitée : une dame, probablement dans la cinquantaine, s’affairait à récolter des pommes sur un arbre planté en pleine ville, près du square Saint-Louis. Un passant, amusé par la scène, lui demanda : « Vous préparez déjà vos tartes d’automne? » Elle répondit avec un grand sourire : « Ah! Faut bien en profiter avant que les écureuils ne les mangent toutes! »
Cet échange amical m’amena à réfléchir à cette facette de Montréal que j’aime tant : cette capacité à faire d’une simple matinée un moment rempli d’interactions humaines sincères. Que ce soit en saluant un inconnu dans la rue, en entamant une conversation avec un chauffeur d’autobus, ou simplement en observant les scènes de vie quotidiennes, Montréal est une ville qui cultive l’art de la proximité.
En poursuivant ma marche, je finis par atteindre le Mont-Royal. La montée était un peu raide, mais une fois arrivé au sommet, la vue en valait la peine. D’en haut, la ville s’étendait à perte de vue, recouverte d’une fine couche de brouillard matinal qui la rendait presque irréelle. Les gratte-ciels du centre-ville émergeaient des nuages comme des phares dans un océan de brume.
C’était ici que je me sentais réellement connecté à l’esprit de Montréal. Cette ville qui, malgré ses nombreuses transformations au fil des ans, reste ancrée dans une tradition de convivialité et d’authenticité. Le Mont-Royal, en particulier, est un endroit qui semble traverser le temps sans jamais perdre de sa magie. Les bancs étaient occupés par des couples, des familles, et des joggeurs prenant une pause. Certains s’adonnaient à la lecture, d’autres simplement à la contemplation du paysage.
En redescendant vers le centre-ville, je fis un détour par le Plateau-Mont-Royal. Les petites boutiques de quartier commençaient à ouvrir leurs portes, et l’odeur du pain frais et des pâtisseries flottait dans l’air. Je m’arrêtai dans une boulangerie pour acheter un croissant. Le boulanger, un homme jovial au fort accent québécois, me souhaita une bonne journée avec une chaleur typiquement montréalaise.
Ce matin-là, comme beaucoup d’autres dans cette ville, m’avait offert une succession de moments simples mais précieux. Montréal est une ville qui se vit autant dans l’animation de ses rues que dans ses petits recoins de tranquillité, et chaque coin de rue réserve son lot de surprises. Que ce soit un sourire échangé, un musicien de rue, ou une dame récoltant des pommes en plein centre-ville, chaque instant contribue à cette atmosphère unique. En ce début d’octobre, Montréal s’animait doucement sous les couleurs flamboyantes de l’automne, et je me sentais chanceux d’en faire partie.